Pourquoi l’IA complique profondément la gouvernance logicielle
En moins d’une décennie, les entreprises ont multiplié leurs applications au rythme de la généralisation du SaaS. L’arrivée des modèles d’IA générative, puis d’agents capables d’agir de manière autonome dans les environnements internes, a déplacé le centre de gravité du problème. La difficulté ne tient plus uniquement au volume d’outils déployés, mais à la variabilité de leurs usages, à la vitesse des changements et à la porosité croissante entre métiers, données et droits d’accès.
Les directions informatiques doivent désormais composer avec des systèmes en évolution permanente. Les applications créent de nouvelles interactions, génèrent des flux internes dynamiques, modifient les coûts à la minute et produisent elles-mêmes des événements opérationnels. Cette dynamique rend plus complexe la compréhension de la consommation réelle, des engagements contractuels, des coûts et des exigences de conformité, au point de transformer la gouvernance logicielle en casse-tête opérationnel.
Si le SaaS avait déjà introduit une logique de souscription difficile à maîtriser, l’IA en modifie l’usage de manière exponentielle. Une équipe peut déclencher en quelques heures des centaines d’appels API supplémentaires sans en mesurer l’impact immédiat. Un agent peut réallouer des droits internes selon des règles imprévues. Une automatisation peut engager la responsabilité de l’entreprise sans qu’aucun opérateur humain n’ait anticipé ses effets. La question n’est plus seulement budgétaire ou sécuritaire, elle devient systémique.
Dans ce contexte, une nouvelle génération d’outils émerge pour interpréter les données d’usage en temps réel, rapprocher les informations contractuelles, automatiser la gestion des accès et ajuster dynamiquement les ressources. La gouvernance logicielle devient un enjeu transversal. Elle ne relève plus uniquement de la sécurité ou de la finance, mais touche la productivité, la conformité réglementaire, l’architecture interne et l’expérience collaborateur.
Aux côtés d’acteurs établis comme BetterCloud, Torii, Vendr ou Zluri, de nouvelles solutions tentent de reconstruire un modèle de gouvernance adapté à l’ère des systèmes autonomes. En France, Corma, créée en juillet 2023, développe une plateforme de gestion automatisée des logiciels combinant Identity Access Management et Software Asset Management. Sa technologie repose sur un système multi-agents chargé de collecter les données d’usage, d’interpréter les contrats et d’automatiser les opérations IT.
La société annonce la clôture d’une levée de fonds seed de trois millions cinq cent mille euros, menée par XTX Ventures, avec la participation de Tuesday Capital, Kima Ventures, 50 Partners et Olympe Capital. Des business angels, parmi lesquels Thomas Wolf, Jean-Louis Quéguiner et Doreen Pernel, ont également pris part au tour.
Fondée par Héloïse Rozes, Samuel Bismut et Nikolai Fomm, Corma entend adresser une problématique devenue centrale pour les organisations : reprendre le contrôle sur des systèmes logiciels devenus autonomes, évolutifs et de plus en plus interdépendants.



