OpsMill lève 12 millions d’euros pour sécuriser les agents IA dans les infrastructures critiques
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L’automatisation des infrastructures IT entre dans une nouvelle phase, après plusieurs années centrées sur les outils d’orchestration et les pipelines DevOps, l’essor des agents IA déplace progressivement le problème vers une couche beaucoup moins visible, mais devenue critique : la qualité des données décrivant les infrastructures elles-mêmes. C’est sur ce terrain qu’OpsMill annonce une levée de fonds de 12 millions d’euros en série A menée par IRIS Capital, avec la participation de BGV ainsi que des investisseurs historiques Serena et Partech.
La société parisienne développe Infrahub, une plateforme destinée à centraliser, structurer et fiabiliser les données d’infrastructure utilisées par les équipes réseau, cloud et opérations. L’objectif n’est pas uniquement de mieux documenter les environnements IT, mais de rendre ces données exploitables de manière fiable par des systèmes automatisés et, désormais, par des agents IA capables d’agir directement sur des infrastructures critiques.
Le sujet devient stratégique à mesure que les entreprises accélèrent l’automatisation de leurs opérations. Dans la plupart des grands groupes, les données décrivant les infrastructures restent dispersées entre des CMDB historiques, des scripts développés en interne, des feuilles de calcul ou des outils cloud partiellement synchronisés. Ces environnements fragmentés étaient déjà difficiles à maintenir dans des architectures classiques. Ils deviennent beaucoup plus risqués lorsque des systèmes automatisés prennent des décisions ou exécutent des modifications à grande vitesse.
Le problème ne relève plus seulement de l’efficacité opérationnelle, car une erreur de configuration propagée automatiquement peut désormais provoquer des interruptions massives, des problèmes de conformité ou des incidents de cybersécurité. Selon les données citées par OpsMill, le coût moyen d’une interruption d’infrastructure atteint environ 300 000 dollars par heure, soit près de 255 000 euros.
Dans ce contexte, OpsMill tente de construire ce que l’entreprise présente comme une “source de vérité” pour les infrastructures IT. Contrairement aux outils traditionnels qui traitent les composants d’infrastructure comme des inventaires statiques, Infrahub repose sur une architecture orientée graphe capable de modéliser les dépendances complexes entre serveurs, équipements réseau, environnements cloud, règles de sécurité et services applicatifs.
Cette approche permet de contextualiser les relations entre les différents éléments techniques et de gouverner les modifications avant leur déploiement en production. Chaque changement passe par un processus de validation inspiré des pratiques DevOps, appliqué non plus seulement au code applicatif, mais directement aux données décrivant l’infrastructure.
« L’automatisation est avant tout un problème de données : si vous n’avez qu’une vision partielle de votre réseau, vous avancez à l’aveugle. Écrire le code automatisant une infrastructure n’a jamais été le vrai problème, le défi a toujours été de le maintenir et de pouvoir lui faire confiance en production. Nous avons construit Infrahub pour que les équipes d’infrastructure, et les agents IA qui travaillent à leurs côtés, disposent en permanence d’un référentiel complet et fiable de ce qui existe, de ce qui devrait exister, et d’un moyen de l’évoluer en toute sécurité, à grande échelle », explique Damien Garros.
Dans les secteurs financiers, industriels ou télécoms, où les architectures techniques deviennent de plus en plus hybrides et distribuées, la capacité à maintenir une représentation cohérente des infrastructures devient un enjeu opérationnel majeur.
L’entreprise mise également sur une stratégie open source pour accélérer son adoption. Infrahub est proposé en édition Community gratuite et en version Enterprise commercialisée sous licence, selon un modèle popularisé par GitLab ou Elastic. Cette approche vise à favoriser l’adoption par les équipes techniques avant une montée en gamme vers des fonctionnalités de gouvernance, de conformité et d’exploitation à grande échelle.
OpsMill affirme déjà être utilisé par plusieurs acteurs internationaux, parmi lesquels TikTok ou encore Eurofiber, opérateur européen de services cloud et réseau. Selon l’entreprise, ce dernier aurait réduit certains délais de déploiement de plusieurs jours à quelques minutes après l’adoption de la plateforme.




